Une Europe au plus près des citoyens – Edouard Martin, ex-syndicaliste, Député européen

Édouard Martin par Claude Truong Ngoc - Novembre 2014

S’il est une cause (non la seule) pour expliquer le désamour des citoyens à l’égard de l’Europe, elle s’appelle distance.

Elle n’est pas kilométrique, elle est politique.

Évidemment, des directives, des lois, des programmes européens font souvent grincer des dents et attisent des tensions.

Néanmoins peut-on dire que l’Europe (les institutions) fait le « job » pour se vulgariser?

Même si des efforts sont réalisés pour mieux comprendre l’Europe, on ne peut prétendre que les citoyens s’approprient cet espace et encore moins son fonctionnement.

Il reste beaucoup à faire et cela commence par les gouvernements des 28 États membres (bien trop timorés) et surtout les 751 députés élus par les citoyens.

Nous devons aller à leur rencontre et pas uniquement en période électorale.

Le parlement européen doit être le moteur pour associer, le plus possible, les corps intermédiaires de la société civile avant toute prise de décision.

Et, avouons-le, ce n’est pas top pour l’instant.
La grande masse que nous sommes sensés représenter n’est pas organisé en lobby, elle n’en n’a pas les moyens.
Or les institutions européennes sont « encerclées » par des milieux de lobbyistes de tout poil.
En les recevant, certains élus peuvent penser qu’ils s’imprègnent des pensées et/ou des attentes de la société.
Grave erreur me semble-t-il.
Rares sont les lobbyistes qui viennent défendre des intérêts généraux, les plus puissants parlent au nom de leurs mandants, pas plus mais pas moins non plus.

Pourtant je veux croire à cette idée que l’Europe ne gagnera que si elle est capable d’être sur le terrain régulièrement pour être à l’écoute et pour construire les politiques avec les citoyens.

J’ai été nommé rapporteur sur le développement durable des industries de production des métaux de base en Europe.

Je souhaite que les propositions qui émaneront de ce rapport soient la synthèse du vécu des acteurs locaux, syndicats, patronat, ONG et élus.

Avec mon équipe, nous avons donc décidé de nous rendre dans plusieurs pays producteurs de ces métaux pour écouter, auditionner les uns et les autres.

Ces voyages de travail sont l’occasion d’évaluer le contexte économique de chaque bassin, les enjeux environnementaux, les forces, les faiblesses et les remèdes possibles.
Tout cela dans une concertation la plus large possible.
Cela prend du temps, c’est vrai, ce n’est pas toujours facile et évident de mettre autour d’une table l’ensemble des acteurs, c’est vrai aussi.
Cependant c’est tellement instructif, enrichissant et c’est tellement novateur pour beaucoup qu’il n’y a aucune raison de ne pas poursuivre cette méthode de travail.

En réalité, cela me paraît normal mais parfois la réalité est « hors-norme » ou considérée comme telle.

Ce qui est par contre « hors norme », c’est le sentiment, à tort ou à raison, d’éloignement de l’Europe.

Donc soyons normaux, toutes et tous sur le terrain!

Edouard Martin

(Crédit photo : Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons – cc-by-sa-3.0)